Le corps de l’athlète kényan en sciences biologiques : héritage postcolonial de l’anthropologie physique ?

Par Cyril Thomas, Pascal Charroin, Quentin Cote, Arnaud Degraeve
Français

L’étude des races humaines s’institutionnalise au XIXe siècle via l’anthropologie physique qui contribue à légitimer la hiérarchisation des peuples, justifiant la colonisation. Parallèlement, les performances de certains athlètes noirs, remettant en cause la croyance en la supériorité de la race blanche, incitent les anthropologues à interroger des différences raciales. Si les liens établis par l’anthropologie physique entre les variables biologiques et comportementales sont rejetés après la Seconde Guerre mondiale, ses préceptes restent vivaces parmi les sciences du sport, notamment pour expliquer la domination des athlètes kényans dans les courses d’endurance. Cette étude analyse 51 articles scientifiques publiés entre 1969 et 2023 dans les domaines de la physiologie, la biomécanique et la génétique. Elle montre une appréhension ambivalente des stéréotypes racialistes sur les athlètes kényans par les sciences biologiques, contribuant à leur déconstruction sans s’extraire de perceptions racialisantes de la performance. Un héritage postcolonial avec l’anthropologie physique émane du choix des hypothèses formulées, inspirées par la presse, de la méthodologie utilisée – essentiellement comparative et anthropométrique – et du registre discursif mobilisé, les auteurs prenant leurs distances avec la notion de race tout en la remplaçant par des termes suggérant l’altérité. L’étude démontre enfin une ouverture nécessaire à l’interdisciplinarité.

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