Ce que l’EPS fait à la socialisation des élèves allophones au collège. Anatomie de deux portraits sociologiques entre dispositionnalisme et contextualisme

Par Anthony Forestier, Gaëlle Sempé, Gilles Combaz
Français

Cet article analyse comment les dispositions (à être, agir et penser) de deux élèves allophones s’activent/s’inhibent, s’ajustent ou se renforcent, en fonction des contextes intrascolaires, tels que l’EPS, dans un collège en réseau d’éducation prioritaire. À partir d’une enquête ethnographique couplant cinq mois d’observations in situ ainsi que huit entretiens biographiques et/ou semi-directifs, ce travail plonge dans les portraits sociologiques d’Andrei et d’Eva, récemment arrivé·es en France. Conditionné·es par des parcours de vie hétérogènes ainsi que des configurations familiales et des projets migratoires singuliers, ces deux allophones sont doté·es d’une épaisseur dispositionnelle (sociale, genrée, scolaire et sportive) inégalement travaillée par la discipline et, plus largement, au collège. À l’échelle de l’EPS, les groupes de pairs, l’accompagnement professoral enveloppant, l’usage de démonstrations corporelles pour étayer les consignes ou le déploiement de situations pédagogiques d’apprentissage, évaluatives ou compétitives, produisent des effets pluriels tant sur la mise en veille/en éveil de dispositions antérieurement incorporées, que sur leur ajustement ou leur renforcement. Les sociabilités juvéniles, qui se façonnent dans les interstices du collège et se diffusent en EPS, ainsi que les expériences socialisatrices dans les autres enseignements méritent aussi d’être sondées pour saisir toute la complexité de leur socialisation scolaire française.

  • socialisation
  • disposition
  • allophonie
  • Éducation Physique et Sportive
  • système scolaire